| mardi 04 septembre 2007, a 17:43 |
| Le château oublié. Suite et fin |
_"
Il y avait donc tant de morts que l'on dut aménager
des cimetières un peu partout. Ainsi, on en trouva au
"Moulin Cercleux", à la "Verrière",
autour de la "Pierre Pointue" et aussi à la
"Tuterie", il me semble. Tous les jours, on
s'empressait de creuser des tombes et d'enterrer les pauvres
gens. Cependant, tout cela était fait si hâtivement
et si peu profondément, que, la nuit, des chiens
venaient déterrer les morts et les dévorer!
De cet atroce événement, on s'en aperçu
très vite. Les familles qui pleuraient leurs morts en
tremblaient d'effroi, d'indignation et parfois même de
honte lorsque c'était eux-mêmes qui avaient fait
les tombes! La nuit, on n’osait plus sortir. Les gens
étaient encore plus superstitieux que maintenant et on
craignait beaucoup les revenants. On disait que les âmes
tourmentées revenaient sur le lieu de leur mort pour
se venger et trouver le repos. Le château de la
Vairie fut le théâtre d'un bien étrange
événement..."
C'est
alors que le vieil homme avait l'habitude de fixer de son
regard indéfinissable chaque membre de l'auditoire.
Cela avait le don de mettre encore plus de piquant au
suspense et aux frissons glaciaux qui commençaient à
monter le long des colonnes vertébrales.
_"
Jour et nuit, on travaillait dur au château,
non seulement pour remplir les tâches quotidiennes, mais
aussi pour soigner les malades. Tout le personnel de la
Vairie avait été mis à contribution pour
les différentes tâches en plus. Des caméristes
aux jardiniers, en passant par les garçons d'écurie,
tous consacraient la plus grande partie de leur temps aux
malades. Pour eux, il n'y avait plus d'heure, ils vivaient
dans l'urgence, usant leurs chaussures à aller et venir
dans tout le château. Au quotidien, ils effleuraient la
mort qui les guettait et les narguait.
Les
lavandières se relayaient pour raccommoder et laver les
draps de ceux qui avaient cédé leur place.
Elles n'avaient pas la tâche facile car c'était
l'hiver. Le lavoir se trouvait derrière le château
en retrait du parc. Un soir, à la tombée de
la nuit, une jeune fille s'y rendit pour prendre son tour à
la tâche. Lorsqu'elle fût seule, elle se sentit
observée. Alors, pour mieux chasser les idées
noires qui commençaient à l'envahir, elle se
mit au travail. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher
de penser à cette terrible impression. Elle regarda
autour d'elle, à l'aide de sa torche, mais il n'y
avait rien, pas un bruit. Elle était seule et aucune
autre trace de pas ne venait déranger la neige. La
jeune lavandière ne pouvait s'empêcher de penser à
ce qui avait été dit sur les chiens qui
dévoraient les corps. Bien sûr, elle était
aussi craintive que les autres au sujet des revenants.
Tandis
que ses mains travaillaient dans l'eau gelée, elle
essayait de se rassurer en se disant que les deux autres
filles ne devaient pas tarder à arriver. Elles
arrivaient en effet, sans se presser, fatiguées de
leur travail. Insouciantes, elles badinaient comme pour mieux
exorciser les horreurs de la journée. Lorsque soudain,
venant du lavoir, un grand cri terrifiant déchira le
silence de la nuit. Aussitôt, elles lâchèrent
leurs corbeilles de linges et accoururent dans sa direction.
Ce qu'elles trouvèrent sur place était effroyable.
La jeune lavandière gisait morte sur le tapis blanc,
couchée sur le dos, le corps en croix. Ses yeux
encore ouverts laissaient imaginer la terreur qui l'avait
envahie, elle ne portait aucune trace de blessure...
Le
vieil homme marqua une courte pause, le temps de bourrer sa
pipe, puis il repris l'air grave:
_"
Vous imaginez la terreur qui envahit alors le château
de la Vairie. Les rumeurs allaient bon train et chacun
essayait d'expliquer la mort de la jeune fille comme il le
pouvait. Aucune trace de blessure ou de coup, la frayeur
dans ses yeux... Quoi d'autre auraient put imaginer les gens
sinon des histoires de fantômes? Le fait est que
depuis, rien d'étrange ou surnaturel ne s'est produit
au château. Les âmes en peine avaient-elles trouvé
leur repos? Ainsi se termine mon histoire."
Alors,
le vieil homme se levait avec difficulté sans céder
à son auditoire qui lui demandait déjà
une autre histoire.
Ses
souvenirs étaient indélébiles dans la
mémoire de Joseph. Il pouvait encore ressentir
l'émerveillement et le plaisir qu'il avait à
écouter son grand-père. Bientôt, lorsqu'il
aurait terminé sa vie de tâcheron, çà
serait à son tour de s'installer devant la cheminée
et de raconter les souvenirs de son travail à la Vairie à
ses petits enfants.
Ce
jour d'hiver, Joseph arrivait heureux au château. Devant
les lourdes tâches qu'il aurait à accomplir, il
n'avait pas peur. Il était sûr des bons souvenirs
que lui laisserait l'endroit, mais il était loin
d'imaginer que quelques mois plus tard, un sombre jour de
1936, le château de ses rêves agoniserait sous les
flammes et sombrerait dans l'oubli, démunit de sa
grandiose beauté.
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| lundi 03 septembre 2007, a 08:19 |
| LE CHATEAU OUBLIE |
Chaque
jour, le ciel n'est jamais le même. Lunatique, il le
demeure à jamais. Nuages d'orage, pluies de vie,
grêlons, tornades à l'horizon... Il est pareil au
destin.
Il
passe au-dessus de nous semblant nous ignorer. Soleil
d'hiver, d'été, ciel des saisons de transition.
S'il avait des yeux pour mieux nous espionner, où les
cacherait-il?
Et
sous son regard bleu, noir et parfois gris, la vie suit
son cours, semblant ignorer ses caprices. Mais
qu'arriverait-il sans ce sablier géant, l'unique et
seule chose que nous sommes sûr de laisser à
nos enfants? Que nous arriverait-il sans ce métronome
qui dirige notre vie à la baguette et au rythme de son bon
vouloir?
Les
choses oubliées sont près de nous, trop souvent
fantomatiques. Notre ignorance les tue et notre regard dévié
les enterre. Ainsi est l'histoire du château oublié.
La tristesse et les ronces ont aujourd'hui envahis ses murs
qui ne sont plus que des ruines...
Décembre
1935.
Les
fenêtres qui s'alignaient impressionnaient par leur
présence. Il semblait qu'elles surveillaient chaque
visiteur au visage inconnu. Comment aurait-on pu oser pénétrer
dans un tel endroit sans humilité? Ce château
dont on disait qu'il était le "Versailles de
l'Estuaire" ne pouvait qu'imposer une sorte de silence
respectueux. La présence qu'il dégageait, son
personnage, faisaient croire qu'il n'y avait que Lui.
Depuis
son enfance, Joseph Antoine n'avait vu ce monument que de
loin. Il avait toujours rêvé de venir entretenir
ce qui avait autrefois fait la fierté du seigneur de
la Guerche, à défaut de l'impossible espoir de
le posséder un jour.
Malgré
le froid qui sévissait cet hiver là, une
chaleur intense se dégageait de l'endroit. Cela y
faisait beaucoup de savoir qu'il allait enfin pouvoir vivre
dans ce lieu magnifique, même si c'était au prix
d'un dur labeur. Tout petit déjà, il avait
entendu de nombreuses histoires sur le château de la
Vairie.
Souvent,
pendant les veillées au coin du feu, son grand-père
aimait à se plonger dans ses souvenirs et à
lui raconter de bien étranges anecdotes. Dans la
famille de Joseph, la richesse ne se comptait pas en argent,
mais à la valeur des souvenirs de la région
méticuleusement gardés par les siens et lui-même.
De nombreux bruits couraient sur le château; légendes
ou histoires vraies, c'était à chacun d'y
trouver la part de vérité dans son imagination.
_"
Aussi loin que peut remonter ma mémoire, je peux
vous dire mes enfants, que le château de la Vairie a
vu de bien tristes et mystérieux événements
se produire à ses pieds..."
C'était
ainsi que commençaient toujours les histoires du
grand-père, qui avant de reprendre, se délectait
d'une bouffée de sa pipe, l'air malicieusement songeur.
_"
En 1794, Il y eut tellement de malades dans la région,
que l'on dût y établir une annexe de
l'hôpital de Paimboeuf! Les malades, puis les morts se
succédaient. Chacun travaillait d'arrache-pied pour les
soigner, mais de nombreux misérables trépassaient
sans que l'on puisse faire quoi que ce soit. C'était
l'enfer, comme si une malédiction c'était emparée
de la population toute entière et ce n'est pas fini,
car le cauchemar et les horreurs ne faisaient que commencer..."
Et
tous observaient les yeux écarquillés ce vieil
homme qui semblait savoir tellement de choses. Pas un seul
son ne sortait des bouches ouvertes, seul le souffle du vent
brisait le respect et l'attention que chacun donnait au
vieux personnage. Juste le temps d'attiser le feu de cheminée
et de le nourrir, l'histoire reprenait.
page 1
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| mardi 28 août 2007, a 09:07 |
| A contre-courant |
encre de chine |
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| mardi 28 août 2007, a 08:59 |
| A contre-courant suite et fin |
Le travail
achevé, un court répit restait avant l'escale de
Mindin. La "Clorinde" avait maintenant dépassé
Corsept, brisant au passage les flots, dans toute sa grandeur et
majesté, ignorant les vaguelettes qui ne pouvaient l'arrêter.
Déjà, au loin, on pouvait apercevoir au clair de lune
le calme plat du sable de l'Ile de Saint Nicolas des Défunts,
qui brisait l'irrégularité de la surface du fleuve. Et,
à cette rencontre, on ne pouvait que deviner l'espoir des
marins de ne pas y séjourner au retour de chaque voyage.
Sur le pont,
quelques hommes continuaient de s'affairer dans leurs habituels
gestes tout en parlant des fabuleux voyages passés. Les
oreilles de Rose avaient l'habitude de ces longs et magiques récits.
Les paysages extraordinaires des terres étrangères
prenaient un visage dans son esprit. Comme il lui tardait tant de les
rencontrer!
Cependant,
un pressentiment la tenaillait, comme si son rêve était
trop loin, hors d'atteinte. Mais il ne fallait pas y songer.
Mindin était
là. La frégate s'approchait de la rade comme un grand
fantôme sortant des ténèbres. Quelques minutes
plus tard, la "Clorinde" mouillait et débarquait ses
matelots. Rose essayait en vain de suivre le rythme des hommes dans
leur travail. Déjà, dans son esprit, plus aucune
illusion ne subsistait. Elles s'envolaient toutes avec le vent qui
commençait à se lever et la tristesse prenait place
dans son cœur.
- Eh, toi... lui dit
encore un marin en la secouant brusquement.
Il ne pu que se
taire en découvrant la longue chevelure dorée qui
s'était déroulée de la casquette...
2 novembre 1809.
"Paimboeuf...
Je suis condamnée à demeurer auprès de toi. Je
voulais te fuir et tu m'as retenue de tes longues tentacules. Si tel
est ton souhait, je le respecterais. Je réapprendrais à
te découvrir et à aimer tes rues sombres. A la
Pierre-à-l'oeil, je continuerais de regarder les horizons que
tu m'offres. Sur les quais, tes effluves rapportées me feront
toujours rêver. Et même si je suis blessée, et
même si les regards deviennent trop pesants, je serais toujours
à toi, dans tes souffrances et tes joies. Puisse ton caractère
demeurer le même au fil des siècles, puisse ta beauté
ne jamais être oubliée. Je sais que tu réserves
bien d'autres surprises à tes habitants. Tes bateaux, tes
matelots, tes enfants ne cesserons de te forger. Et je sais que même
si ton aspect change, même si tu es abîmée, la
Loire restera égale à elle-même pour te couver,
panser tes blessures et parfois te réprimander."
Le retour
avait été loin d'être facile pour Rose. On lui
avait ri au nez, on l'avait humiliée. Elle avait été
enfermée quelques mois, comme pour l'oublier, oublier qu'elle
avait été élue rosière. Bien sure, tout
avait changé pour elle, sauf qu'elle n'avait pu étancher
sa soif d'aventure.
La jeune
fille au regard bleu comme la mer termina sa vie reniée de
tous, longeant les quais de Paimboeuf avec, au fond des yeux,
toujours cette lueur mystérieuse et étrangère.
Elle devint la gardienne des secrets de son berceau. page 3
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| lundi 27 août 2007, a 09:26 |
| A contre-courant (suite) |
Autour de la
jeune fille, l'agitation de l'embarquement suivait son cours. Entre
deux jurons, les matelots continuaient de ranger caisses et tonneaux
au fond de la cale. Le travail se faisait dans une ambiance tendue
car la cargaison n'était pas entière et il fallait
faire de la place avant de la compléter à Mindin.
A la lueur
des torches, les visages des hommes sculptés par les caprices
de la mer étaient presque effrayants, tant par leur dureté
et leur perpétuelle fatigue. Etait-ce plutôt l'usure du
dure travail à bord, ou celle de la passion de la Grande Bleue
qui faisait que l'on pouvait reconnaître un marin entre dix
hommes? Ils ne pouvaient qu'avoir le sang salé.
- Eh, toi là-bas!
Au lieu de rêvasser, tu ferais mieux de donner un coup de main
avant que je ne te jette par dessus bord! lui dit un homme à
l'allure de viking.
Surprise,
Rose sursauta. Elle avait déjà oublié dans
qu'elle aventure elle s'était enrôlée. Désormais,
il lui fallait compter avec cet affreux uniforme de moussaillon
qu'elle avait échangé contre sa jolie robe de jeune
fille. C'était elle qui cette année là avait été
élue rosière. Tout le monde disait d'elle qu'elle était
une jeune femme vertueuse, et en lui donnant sa couronne de roses, on
lui avait offert les plus jolis compliments qui exister. Seulement,
malgré tout, heureuse elle ne l'était pas. On attendait
beaucoup trop de choses de sa part qu'elle ne pouvait promettre.
Surtout ce mariage avec cet homme qui lui déplaisait en tout.
Quelle idée d'avoir rétablit cette tradition, une année
auparavant, pour la visite tant attendue de l' Empereur!
Quel étrange
sentiment que de se sentir hors de son temps, hors de son époque.
Pourquoi toujours suivre le chemin tracé pour soi? Pourquoi
passer sa vie à faire ce qui est bien aux yeux des autres? La
vérité n'est pas toujours dans ce que l'on croit, mais
aussi dans ce que l'on ressent. Et malgré l'amour que l'on
peut ressentir pour sa ville, pour sa vie, pourquoi ne pas tenter de
chercher de l'émotion ailleurs? L'amour s'endort parfois et il
suffit de s'éloigner pour mieux prendre conscience de sa
valeur. Pourquoi ne pas prendre des chemins de traverse, au lieu de
marcher sur les pas des autres? Et même si cela peut coûter
cher, et même si cela nécessite un dur labeur,
qu'importe pourvu qu'au bout se trouve le bonheur?
Ces caisses
avaient beau être lourdes, l'inconnu et le danger avaient beau
être tout prêt, qu'importait à la jeune fille, si
la joie se trouvait au bout?
page 2
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| lundi 27 août 2007, a 09:22 |
| paimboeuf |
vue de la Loire..
Fait à l'encre de chine. |
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| dimanche 26 août 2007, a 14:23 |
| a contre-courant |
A
CONTRE-COURANT
Premier
novembre 1809.
"Paimboeuf...
Je te quitte car je rêve d'horizons lointains, que tes lourds
bateaux aux ailes géantes m'ont rapporté trop de
nouveaux parfums! Ivre d'aventure m'ont rendue tes vaisseaux chargés
de rêves et d'exotisme, qui venaient de Nantes comme pour mieux
me narguer. A la Guinée, aux Antilles, à l'Amérique,
comment aurais-je pu résister?
Je quitte
tes petites rues animées, aux odeurs et à la présence
des matelots qui ont trop voyagé. Je quitte tes maisons au
charme particulier, qui au bord du quai étaient parfois
frappées par la débordante colère de la Loire.
Tes pavés, tes caprices, tes fêtes aussi me manqueront,
tu détenais une trop fausse atmosphère d'exotisme; moi,
je voulais rêver éveillée.
Ainsi
voguaient les pensées dans l'âme de la jeune fille, au
rythme des vagues, du courant, qui la menaient loin de chez elle. La
frégate "Clorinde" avait pris la mer ce soir
d'automne, abandonnant les quais de Paimboeuf dans leurs brumes
mystérieuses.
La nuit
n'avait pas mis longtemps à poser son voile sombre sur la
rade. Et dans l'agitation de l'embarquement, nul ne s'était
rendu compte qu'une femme comptait parmi l'équipage.
Sur le pont,
Rose tentait une dernière fois de contempler sa ville natale.
Malgré l'obscurité, elle devinait la silhouette de
Paimboeuf; ses formes, elle les connaissait par cœur.
De ses yeux
lumineux, elle lui disait adieu. Adieu aux immenses chantiers et à
la Pierre-à-l'oeil, où elle venait souvent se réfugier.
Ainsi, sur des eaux étrangement calmes, elle contemplait une
dernière fois les maisons qui s'alignaient comme une longue
cordée se déroulant au fil de la rive.
Juste une
courte escale à Mindin pour embarquer d'autres provisions et
Rose serait enfin libre. Ensuite, l'estuaire et ses promesses
s'ouvriraient à elle.
page 1 à suivre...
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